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    Quand un adolescent est en colère : ce qu'elle dit, et comment l'entendre
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    Enfants & adolescents

    Quand un adolescent est en colère : ce qu'elle dit, et comment l'entendre

    6 min de lecture

    Blocus, colère, tensions à la maison. Ce que la colère d'un adolescent cherche à dire, et comment un parent peut l'entendre sans dramatiser ni minimiser.

    Depuis la fin du mois de septembre, des lycéens bloquent leur établissement dans de nombreuses villes. En moins de deux semaines, plusieurs milliers de jeunes ont été interpellés, et l'immense majorité d'entre eux étaient mineurs. La Dépêche faisait état le 9 octobre de plus de 6 500 interpellations en neuf jours, et de plus de 5 000 gardes à vue concernant à 87 % des mineurs. Je ne commenterai ici ni les revendications ni le maintien de l'ordre. Ce n'est pas mon rôle. En revanche, beaucoup de parents me demandent comment réagir face à un adolescent qui rentre en colère, qui parle fort, ou qui ne parle plus. C'est sur ce point que je peux être utile.

    Une colère n'est jamais seulement une colère

    Chez un adolescent, la colère est rarement le sentiment de départ. Dessous, on trouve très souvent de l'impuissance, de l'inquiétude pour l'avenir, ou le sentiment de ne pas être écouté. À cet âge, le cerveau est en pleine transformation. Les émotions montent vite et fort, alors que la capacité à les mettre à distance se construit encore. Un adolescent qui crie n'est pas forcément un adolescent qui a perdu le contrôle. Il est souvent un jeune qui cherche une façon de dire quelque chose qu'il ne sait pas encore formuler.

    Une colère d'adolescent est souvent une demande d'être entendu qui a pris la forme qu'elle a pu.

    À quoi sert la colère

    On oppose volontiers la colère au calme, comme si elle était un défaut à corriger. Elle est pourtant une émotion utile. Elle signale qu'une limite a été franchie, qu'une situation paraît injuste, que quelque chose d'important pour soi n'est pas respecté. Elle donne l'énergie de se défendre et de dire non.

    À l'adolescence, elle remplit en plus une fonction particulière. Pour devenir quelqu'un de distinct de ses parents, il faut pouvoir s'opposer, dire ce que l'on pense, prendre de la place. La colère est alors une force d'affirmation de soi, et même une façon de sentir qu'on existe, avec ses idées et ses limites. Un adolescent qui ne s'est jamais mis en colère n'est pas forcément un adolescent apaisé. Il peut aussi être un adolescent qui n'ose pas s'affirmer.

    Vers quoi la tourner

    Le sujet n'est donc pas d'éteindre la colère, mais de savoir vers quoi elle se dirige. Elle peut devenir une force porteuse, celle qui aide à s'affirmer, à gagner en confiance, à se faire entendre et à se faire respecter. Elle peut aussi glisser vers quelque chose de destructeur, la dégradation, la violence, la haine de l'autre ou de soi. Ce qui sépare les deux n'est pas l'intensité de l'émotion. C'est la possibilité de lui trouver une forme et un destinataire.

    C'est là que l'entourage joue un rôle. Un jeune qui peut mettre des mots sur sa colère, l'écrire, la dépenser dans le sport, la porter dans un engagement collectif respectueux des autres, a beaucoup moins de raisons de la jouer contre lui-même ou contre autrui. Un jeune qui se heurte à un mur, ou à qui l'on répète que sa colère n'a pas lieu d'être, risque au contraire de la faire monter jusqu'à ce qu'elle déborde.

    S'engager n'est pas s'emballer

    Il faut distinguer deux choses que l'on confond vite. L'engagement, c'est le besoin légitime de se sentir acteur de ce qui vous concerne. Il appartient au développement de l'adolescence, et il est plutôt bon signe. L'emballement, c'est ce qui se passe quand l'énergie du groupe prend le dessus sur le jugement de chacun. Dans une foule, un jeune de seize ans peut faire ce qu'il ne ferait jamais seul, et le regretter le soir même.

    Pour un parent, la question utile n'est donc pas « pour ou contre ». C'est « comment se passe cette journée pour lui, et qu'est-ce qu'il en retient ? »

    Comment un parent peut répondre

    Je recommande trois attitudes. La première est de laisser retomber avant de parler. Une discussion lancée dans la minute qui suit une rentrée tendue tourne presque toujours au conflit. Mieux vaut proposer d'en reparler un peu plus tard, à un moment calme, autour d'un repas ou pendant un trajet.

    La deuxième est de poser des questions ouvertes plutôt que de donner son avis. « Qu'est-ce qui t'a le plus marqué ? » ou « Qu'est-ce que tu as ressenti quand c'est devenu tendu ? » ouvrent plus de portes que « tu n'aurais pas dû y aller ». L'adolescent qui sent un jugement se ferme. Celui qui sent de la curiosité parle.

    La troisième est de tenir un cadre sans humilier. On peut dire à son enfant que sa sécurité compte plus que tout, qu'on veut savoir où il est, et que certaines limites ne se négocient pas, tout en reconnaissant que sa colère a un sens. Les deux ne s'opposent pas. Ce qui aide un jeune dans ces moments, ce n'est pas un parent qui a raison, c'est un parent qui reste disponible.

    Quand la colère doit alerter

    Dans la grande majorité des cas, une colère liée à un événement collectif se calme avec le temps et la parole. Il faut en revanche s'inquiéter si elle s'accompagne d'un repli durable, d'un sommeil très perturbé, d'un décrochage scolaire, d'une consommation inhabituelle de produits, de violences répétées envers soi ou envers les autres, ou de propos qui évoquent l'envie de disparaître. Dans ces situations, il est utile d'en parler à un médecin ou à un psychologue. En cas d'idées suicidaires, le 3114 répond jour et nuit.

    Cet article ne remplace pas une consultation.

    Sources des chiffres cités. La Dépêche, « Colère des lycéens, plus de 6 500 interpellations, dont 87 % de mineurs », 9 octobre 2026. Ministère de la Justice, bilan judiciaire du mouvement lycéen, 5 octobre 2026.

    Pour toute demande d'interview ou d'éclairage sur ce sujet, les rédactions peuvent me joindre depuis la page Expert disponible.

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    Mathieu Auriol, psychologue clinicien à Nice

    Mathieu Auriol

    Psychologue clinicien et psychothérapeute à Nice

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    Mathieu Auriol - Psychologue

    Mathieu Auriol

    Psychologue - Psychothérapeute

    Psychologue clinicien à Nice, spécialisé dans l'accompagnement des adultes, adolescents et couples.