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    Quand un patient n'avance pas : ce que l'impasse dit du cadre
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    Pour les psychologues

    Quand un patient n'avance pas : ce que l'impasse dit du cadre

    6 min de lecture

    Un patient qui stagne n'est pas forcément un patient qui résiste. Trois questions à se poser avant de conclure, et ce qui relance vraiment le travail.

    Tout psychologue connaît ce moment. Le patient vient, régulièrement, depuis des mois. Il parle, il est engagé, il vous fait confiance. Et pourtant rien ne bouge. Les mêmes situations reviennent, les mêmes phrases, parfois les mêmes larmes au même endroit du récit. On sort de la séance avec une fatigue particulière, celle de l'impuissance.

    La tentation, alors, est de poser un mot sur l'impasse : résistance, bénéfices secondaires, personnalité. Ces mots ont l'avantage de nous rassurer. Ils ont l'inconvénient de placer le blocage entièrement du côté du patient. En près de dix ans de cabinet et de supervision, j'ai appris à me méfier de ce réflexe. Le plus souvent, quand un patient n'avance pas, c'est quelque chose dans le dispositif qui s'est figé. Et ce quelque chose, nous en sommes la moitié.

    Première question : l'objectif est-il encore partagé ?

    Au début d'un suivi, on s'entend sur une direction. Puis la vie du patient change, la relation évolue, et cette direction se dilue sans que personne ne le remarque. On continue de se voir parce qu'on se voit. Le patient ne sait plus très bien ce qu'il vient chercher ; nous ne savons plus très bien ce que nous cherchons à produire.

    La question à se poser n'est pas « pourquoi résiste-t-il ? » mais « si je lui demandais aujourd'hui ce qu'il attend de nos séances, que répondrait-il ? ». Et surtout : est-ce que je serais capable de répondre à la même question ? Quand les deux réponses divergent, ou qu'aucune n'est nette, l'impasse n'est pas un mystère. Elle est la conséquence logique d'un contrat qui n'existe plus.

    Deuxième question : que protège le symptôme ?

    Un symptôme qui persiste malgré un travail sincère fait presque toujours quelque chose d'utile pour la personne, même à un prix élevé. L'anxiété qui empêche de se lancer évite aussi d'échouer. La colère qui gâche les relations tient aussi les autres à distance d'une zone trop fragile. Le découragement qui bloque toute initiative épargne aussi la confrontation à un deuil non fait.

    Tant que cette fonction n'est pas reconnue, et reconnue avec le patient plutôt que dans nos notes, lui demander d'abandonner le symptôme revient à lui demander de sauter sans filet. Il ne sautera pas, et il aura raison. Le travail consiste alors à construire le filet avant de parler du saut. C'est souvent à cet endroit que les approches centrées sur le traumatisme, l'EMDR ou l'Intégration du Cycle de Vie, trouvent leur place : non pour aller plus vite, mais pour traiter ce que le symptôme était chargé de contenir.

    Troisième question : le rythme est-il le sien ou le mien ?

    Cette question est la plus inconfortable. Nous avons des attentes de progression, façonnées par notre formation, par les résultats obtenus avec d'autres patients, par notre propre besoin de nous sentir efficaces. Quand un patient ne suit pas ce rythme, une part de notre découragement lui revient sous une forme ou une autre : une pointe d'impatience, une interprétation un peu trop tôt, une séance où l'on pousse.

    Le patient le sent, et il fait ce que font la plupart des gens qui se sentent pressés par quelqu'un dont ils dépendent : il se fige davantage. L'impasse se renforce d'elle-même. La sortie ne passe pas par plus d'effort mais par un pas de côté. Et ce pas de côté est difficile à faire seul, parce que nous sommes précisément la partie du système qui ne se voit pas.

    Ce qui relance vraiment

    Nommer l'impasse en séance, d'abord. Pas comme un reproche ni comme un aveu d'échec, mais comme une observation partagée : « J'ai l'impression que nous tournons autour de la même chose depuis quelques semaines. Vous le sentez aussi ? » Cette phrase, à elle seule, change le niveau de la conversation. On ne parle plus du contenu, on parle du processus, et c'est souvent là que quelque chose se remet en mouvement.

    Remettre le contrat sur la table, ensuite. Redemander ce que la personne attend, maintenant, et accepter que la réponse ait changé. Parfois elle conduit à réorienter le travail ; parfois elle conduit à conclure, et une fin bien posée vaut mieux qu'une continuation qui s'use.

    Et puis, quand on a fait tout cela et que l'on reste devant le même mur, aller en parler. La supervision n'est pas là pour les cas difficiles au sens spectaculaire. Elle est là pour ces suivis ordinaires qui s'enlisent, où un regard extérieur voit en dix minutes ce que nous ne pouvons pas voir depuis notre fauteuil : la place que nous occupons dans le blocage.

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    Mathieu Auriol, psychologue clinicien à Nice

    Mathieu Auriol

    Psychologue clinicien et psychothérapeute à Nice

    À propos
    Mathieu Auriol - Psychologue

    Mathieu Auriol

    Psychologue - Psychothérapeute

    Psychologue clinicien à Nice, spécialisé dans l'accompagnement des adultes, adolescents et couples.