Le 10 octobre, la Journée mondiale de la santé mentale va remplir les boîtes mail de webinaires, d'ateliers et de petits-déjeuners thématiques. Je voudrais profiter de cette date pour parler d'autre chose : de ce qu'un dirigeant de PME, un chef de service ou un responsable d'équipe peut modifier dans son organisation sans budget et sans consultant, dès le lundi suivant.
Le point de départ est un chiffre. Dans la seizième édition de son baromètre, réalisée par Ipsos BVA auprès de deux mille salariés en mai 2026 et rendue publique le 2 juin, Empreinte Humaine mesure qu'un salarié français sur deux présente un signe de détresse psychologique. C'est le niveau le plus élevé depuis la création de l'étude, en 2020.
Un mot sur ce que ce chiffre dit, et sur ce qu'il ne dit pas. Un signe de détresse psychologique n'est pas un diagnostic. C'est un score obtenu à un questionnaire déclaratif, qui repère de la fatigue, de l'irritabilité, du sommeil abîmé, une difficulté à se remettre en route. Un salarié sur deux ne veut donc pas dire un salarié sur deux malade. Cela veut dire qu'une moitié des gens que vous croisez le matin fonctionnent en tirant sur la corde. Et cela, contrairement à une maladie, relève en partie de l'organisation du travail.
Ce qui use n'est pas toujours la charge
C'est la confusion la plus fréquente, et je l'entends presque chaque semaine au cabinet. On imagine qu'un salarié craque parce qu'il en fait trop. Parfois, oui. Mais dans beaucoup de situations que je reçois, la quantité de travail n'est pas le premier facteur. Ce qui abîme, c'est de ne pas savoir sur quoi on est jugé, de découvrir une décision qui vous concerne par un courriel collectif, de demander un arbitrage et de ne jamais l'obtenir.
Une situation type, parmi celles que je vois revenir : quelqu'un qui tient une charge élevée depuis des années sans difficulté particulière, et qui s'effondre après une réorganisation qui n'a pourtant rien ajouté à son planning. Ce qui a changé, ce n'est pas le volume. C'est qu'il ne sait plus à qui rendre compte, ni ce qu'on attend de lui exactement. Le travail est devenu illisible.
Trois leviers qui ne coûtent rien
Le premier tient en une phrase : dites ce que vous attendez, et dites-le précisément. Beaucoup de souffrance au travail naît d'une consigne floue qu'un salarié consciencieux va interpréter au maximum, par prudence. Nommer le niveau d'exigence réel, y compris quand il est modeste, c'est retirer une charge mentale importante à quelqu'un qui, sinon, va viser l'irréprochable.
Le deuxième porte sur les décisions. Quand une réorganisation, un changement d'outil ou un départ se prépare, l'annoncer tôt et en expliquer la raison coûte quelques minutes. Le silence, lui, coûte des semaines de rumeur et de vigilance. Les gens supportent mal l'incertitude, mais ils supportent bien mieux une mauvaise nouvelle expliquée qu'une bonne nouvelle opaque.
Le troisième concerne le droit à la déconnexion, et il engage le dirigeant lui-même. Un courriel envoyé par un responsable à vingt-deux heures crée une norme, même assorti d'un « ne réponds pas ce soir ». Si vous travaillez le dimanche, programmez l'envoi au lundi matin. Ce n'est pas un détail cosmétique : c'est la seule façon de rendre crédible une politique que personne ne croira sur parole.
Ce qu'un dirigeant n'a pas à faire
Il n'a pas à devenir thérapeute, et il n'a pas à savoir repérer une dépression. Ce n'est ni son métier ni son rôle, et s'y risquer expose tout le monde. Sa responsabilité s'arrête à trois choses : rendre le travail lisible, ne pas créer de situations qui abîment, et savoir vers qui orienter. Le médecin du travail, le service de santé au travail, le médecin traitant et les psychologues en libéral existent pour la suite. Un salarié qui va mal a besoin d'une consultation, pas d'un entretien annuel bienveillant.
Une dernière remarque, pour les dirigeants eux-mêmes. Ils sont aussi, souvent, dans la moitié fatiguée, avec une particularité : personne au-dessus d'eux ne va le remarquer. Je reçois des chefs d'entreprise qui tiennent leur équipe à bout de bras depuis deux ans et qui n'ont parlé de leur propre état à personne. Si vous vous reconnaissez, le fait que vous soyez responsable des autres ne vous disqualifie pas pour aller consulter.
Source : baromètre Empreinte Humaine, seizième édition, enquête Ipsos BVA menée auprès de deux mille salariés français en mai 2026, publiée le 2 juin 2026.
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