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    La charge mentale parentale : quand être parent devient épuisant
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    Enfants & adolescents

    La charge mentale parentale : quand être parent devient épuisant

    6 min de lecture

    Penser à tout, tout le temps, pour tout le monde. Ce que l'on appelle la charge mentale, pourquoi elle pèse autant sur les parents, et comment l'alléger.

    Il y a ce moment, le soir, où la maison s'est enfin tue et où la liste se met à tourner toute seule. Le rendez-vous chez le pédiatre à déplacer, le pull devenu trop court, le cadeau pour l'anniversaire de samedi, l'autorisation de sortie à signer, et cette remarque de l'aîné, au dîner, qui vous a paru un peu triste. Rien de tout cela n'est grave, et pourtant rien de tout cela ne s'arrête.

    C'est ce que l'on appelle la charge mentale. La sociologue Monique Haicault a introduit la notion dès 1984, et la bande dessinée d'Emma, « Fallait demander », l'a rendue familière à beaucoup de foyers en 2017. Cette notion désigne moins le fait d'accomplir les tâches que celui d'y penser, de les anticiper et de les organiser, c'est-à-dire de porter en tête, en permanence, ce qui reste à faire pour tout le monde. Chez les parents, et bien souvent chez les mères, cette liste n'a pas de fin.

    Un travail qui ne se voit pas

    La charge mentale a une particularité qui la rend si lourde. Elle ne se voit pas. On voit le repas sur la table, rarement la demi-heure passée à se demander ce qu'il y aurait à manger, ce qui manquait dans le frigo, et qui passerait à la boulangerie. On voit l'enfant habillé, pas la pensée qui a prévu qu'il ferait froid. Or ce qui ne se voit pas a peu de chances d'être reconnu, et encore moins d'être partagé. Ce travail s'ajoute au travail rémunéré et à la fatigue physique, et c'est de cette accumulation silencieuse que naît, bien des fois, l'épuisement.

    Pourquoi elle pèse davantage aujourd'hui

    Les outils qui devaient nous simplifier la vie y sont peut-être pour quelque chose. Le groupe de messagerie de la classe, l'application des devoirs, les e-mails du club de sport et ceux de la cantine ont multiplié les sollicitations, à toute heure et sans vraie fin de journée. Le télétravail, pour ceux qui le pratiquent, a brouillé un peu plus la frontière entre le bureau et la maison. Les grands-parents habitent parfois loin, et le voisinage se mobilise moins.

    À cela s'ajoute une exigence diffuse, celle du parent qu'il faudrait être, présent, bienveillant, stimulant, disponible, et tout cela en travaillant. Personne ne l'énonce vraiment, mais beaucoup de parents la ressentent, et elle transforme la moindre défaillance en faute.

    Les signes d'une surcharge

    Le corps est en général le premier à le dire, par une fatigue que le repos ne répare plus et des troubles du sommeil (cette insomnie d'anticipation où l'on prépare déjà le lendemain). Les maux de tête et les tensions dans la nuque ou le dos ne sont pas rares non plus. Viennent ensuite les oublis, paradoxaux chez quelqu'un qui pense à tout, les difficultés de concentration, une patience qui s'use, la tentation de se replier, et l'abandon progressif de tout ce que l'on faisait pour soi.

    Les émotions suivent le même chemin. Une irritabilité qui surprend par sa vivacité, le sentiment d'être submergé, une culpabilité qui ne lâche plus, l'impression de ne jamais en faire assez. Quand la gestion des émotions devient à ce point difficile, c'est souvent le signe d'un épuisement installé depuis un moment. Dans le couple, enfin, la répartition des tâches devient un sujet de tension, avec ce sentiment d'être seul à tout gérer et cette difficulté, parfois, à demander de l'aide.

    La charge émotionnelle, celle dont on parle le moins

    Au-delà de la logistique, les parents portent aussi une charge plus intime. S'inquiéter pour un enfant, apaiser les conflits entre frères et sœurs, rester disponible pour les chagrins de chacun, absorber leurs angoisses tout en gérant les siennes, tout cela demande une énergie considérable. Cette part-là est sous-estimée, y compris par les parents eux-mêmes, qui la jugent « normale » puisqu'elle fait partie du rôle. Elle est pourtant l'une des plus usantes, et elle peut conduire, quand rien ne vient la soulager, jusqu'au burn-out parental.

    Une question de couple, aussi

    La répartition des tâches elle-même reste inégale. Selon l'Institut européen pour l'égalité entre les hommes et les femmes (données de 2022), reprises par l'Observatoire des inégalités, trois mères sur quatre vivant en couple déclarent faire le ménage ou la cuisine tous les jours, contre quatre pères sur dix. Quand les tâches sont si inégalement partagées, il y a peu de chances que la charge de les penser le soit mieux. Cette asymétrie nourrit avec le temps de la frustration et du ressentiment, de part et d'autre, car il arrive que celui qui en fait moins se sente jugé sans très bien comprendre pourquoi. En thérapie de couple, pouvoir enfin mettre des mots sur ce malaise diffus est souvent un premier soulagement, pour les deux.

    Alléger la liste

    Un premier pas consiste peut-être à rendre visible ce qui ne l'est pas. Prendre une feuille et écrire tout ce que vous gérez mentalement, sans rien oublier, a quelque chose de vertigineux. Cette liste, justement, permet d'en parler concrètement, plutôt que de se reprocher mutuellement une fatigue que personne ne comprend.

    Vient ensuite la question de la délégation, qui est la plus délicate. Dire à l'autre ce qu'il faut faire, puis vérifier que c'est fait, revient en réalité à garder la charge. Déléguer suppose de confier un domaine entier, les rendez-vous médicaux ou les activités du mercredi par exemple, à quelqu'un qui y pensera, anticipera et s'en occupera de bout en bout. Cette personne le fera à sa manière, qui ne sera pas la vôtre (c'est le prix à payer, et il vaut la peine).

    Il y a aussi la part de l'exigence. Le parent parfait n'existe pas. Accepter une maison en désordre ou des repas plus simples certains soirs libère une énergie qui manque ailleurs. On peut aussi se réserver des moments où l'on n'est responsable de rien, une heure de sport, une soirée entre amis, un livre. Enfin, quelques outils partagés aident, un calendrier familial, une liste de courses commune, des rappels, pour que la mémoire du foyer ne repose plus sur une seule personne.

    Quand l'épuisement devient un burn-out parental

    Le burn-out parental est une réalité clinique, que des chercheuses de l'université de Louvain, Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak, ont décrite avec précision. Il associe un épuisement profond dans le rôle de parent et le sentiment de ne plus être le parent que l'on était. S'y ajoutent une forme de saturation, où l'on n'en peut plus de ce rôle, et une distance affective qui s'installe peu à peu avec ses enfants. Ce dernier signe est souvent le plus douloureux à reconnaître, car il fait honte, alors qu'il traduit avant tout un épuisement.

    Si vous vous reconnaissez dans ces descriptions, ou si l'épuisement prend simplement le dessus, parlez-en à votre médecin ou à un psychologue. Un burn-out parental n'est ni un caprice ni le signe d'un mauvais parent, et il se travaille, avec l'aide d'un professionnel. Et si des envies de fuite, voire des idées de mort, s'installent, n'attendez pas, le 3114 (numéro national de prévention du suicide) répond jour et nuit, gratuitement.

    On présente volontiers le fait de prendre soin de soi comme un luxe, voire comme un peu d'égoïsme, quand on est parent. C'est peut-être l'inverse, puisqu'un parent qui ne se garde aucune place finit par avoir moins à offrir aux siens. Une liste posée sur la table, entre deux personnes, pèse déjà un peu moins lourd que la même liste qui tourne, le soir, dans une seule tête.

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    Mathieu Auriol, psychologue clinicien à Nice

    Mathieu Auriol

    Psychologue clinicien et psychothérapeute à Nice

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    Mathieu Auriol - Psychologue

    Mathieu Auriol

    Psychologue - Psychothérapeute

    Psychologue clinicien à Nice, spécialisé dans l'accompagnement des adultes, adolescents et couples.

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