Le jeudi 5 novembre, c'est la Journée nationale de lutte contre le harcèlement à l'école. D'ici là, il y aura la rentrée du lundi 2 novembre et, pour certains enfants, un dimanche soir très long, de ceux où l'on traîne pour aller se coucher, parce que se coucher, c'est déjà un peu retourner à l'école. Un enfant harcelé prononce rarement la phrase « on me harcèle ». Il en dit d'autres, plus petites, qu'il faut apprendre à entendre.
Ce qu'il dit à la place
« J'ai mal au ventre. » C'est souvent la première, et elle revient à heure fixe, le dimanche soir ou avant l'école, plus rarement pendant les vacances. Le corps d'un enfant dit volontiers ce que sa bouche retient.
D'autres phrases passent inaperçues. « Je n'ai pas faim », pour un goûter qui revient intact. « Tu peux venir me chercher ? », alors qu'il rentrait seul depuis des mois. « C'est rien, on rigolait », le jour où il rentre avec un pull déchiré. Et parfois, lâchée en passant, une phrase plus lourde, « de toute façon, personne ne m'aime ».
Aucune de ces phrases ne prouve un harcèlement, et un mal de ventre a bien d'autres causes possibles, que le médecin cherchera d'abord. Ce qui doit alerter, c'est leur accumulation, chez un enfant qui n'est plus tout à fait le même depuis quelques semaines, qui dort mal ou qui sursaute à chaque notification de son téléphone.
Pourquoi il se tait
On s'attend à ce qu'un enfant harcelé appelle à l'aide. Beaucoup font l'inverse. Parmi les adultes qui me parlent en séance d'un harcèlement subi enfant, nombreux sont ceux qui, à l'époque, n'en avaient parlé à personne.
Il y a d'abord la honte. À force d'entendre qu'il est bizarre, trop gros ou trop bon élève, l'enfant finit par croire qu'il l'a cherché, et l'on raconte mal ce dont on se croit responsable. Il y a la peur aussi, qu'un adulte intervienne maladroitement et que la récréation du lendemain soit pire encore. Chez les plus jeunes, il manque parfois tout simplement le mot.
Reste une raison que les parents entendent moins volontiers. Beaucoup d'enfants sentent la fatigue ou l'inquiétude de leurs parents, et ne veulent pas en rajouter. Le silence d'un enfant harcelé est rarement un manque de confiance. C'est souvent une façon de protéger ceux qu'il aime.
Les chiffres officiels en portent peut-être la trace. Selon la dernière note du ministère de l'Éducation nationale, publiée en juin 2026, 3 % des écoliers du CE2 au CM2, 4 % des collégiens et 2 % des lycéens étaient en situation de harcèlement en novembre 2025. Au collège, cela fait en moyenne un élève dans une classe de vingt-cinq. Ces taux sont plus bas que ceux des années précédentes, mais le ministère prévient lui-même qu'ils ne sont plus comparables. Pour la première fois, les élèves pouvaient en effet, s'ils le souhaitaient, inscrire leur nom sur le questionnaire, et ce changement pourrait expliquer la baisse.
Ouvrir la porte
La question directe, « est-ce qu'on t'embête ? », obtient souvent un non, parce qu'elle place l'enfant devant un aveu. Les questions sur le quotidien ouvrent davantage. Avec qui tu manges à la cantine ? Qu'est-ce que tu as fait à la récré ? Les réponses comptent, les silences et les détours aussi.
Un trajet en voiture ou une balade aident souvent plus qu'une grande discussion en face à face, parce qu'on se confie plus facilement côte à côte. Et dites-lui clairement, une fois, que si cela lui arrivait, il pourrait vous en parler sans être grondé.
Le jour où il parle
La première réponse compte beaucoup. Le remercier de l'avoir dit, lui répéter que ce n'est pas de sa faute, et le croire, même si son récit est confus. Des conseils comme « défends-toi » ou « ignore-les » partent d'une bonne intention, mais ils lui confirment surtout qu'il est seul face au problème.
Mieux vaut ne pas lui promettre un secret que vous ne pourrez pas garder, mais lui promettre de ne rien faire sans le prévenir. Ensuite, c'est à l'école d'agir, et non aux parents de régler les choses avec les autres familles. Depuis la rentrée 2023, toutes les écoles, tous les collèges et lycées doivent appliquer le programme pHARe, qui prévoit un protocole de prise en charge des situations de harcèlement. Demandez un rendez-vous à l'enseignant, au CPE ou à la direction, et gardez une trace des faits, captures d'écran comprises. J'en parlais aussi dans un précédent article.
Le 3018, numéro national gratuit, anonyme et confidentiel, répond aux enfants, aux témoins et aux parents tous les jours de 9 h à 23 h, par téléphone, par tchat ou par l'application 3018.
Quand consulter
Le harcèlement peut laisser des traces une fois qu'il s'est arrêté. Un sommeil qui reste perturbé, une peur d'aller en classe qui s'installe, un repli ou une tristesse qui durent plusieurs semaines justifient d'en parler à votre médecin traitant ou à un psychologue. Si votre enfant évoque l'envie de disparaître ou de mourir, n'attendez pas, le 3114 répond jour et nuit, gratuitement, et en cas d'urgence, appelez le 15.
La question la plus utile est souvent la plus modeste, celle que l'on pose chaque jour, l'air de rien, pour savoir avec qui il a passé sa journée.
Cet article ne remplace pas une consultation.
Source des chiffres cités. Ministère de l'Éducation nationale, DEPP, « Journée nationale de lutte contre le harcèlement à l'école, résultats de la grille d'auto-évaluation des élèves », Note d'information n° 26.20, juin 2026. Note de la DEPP. Le calcul pour une classe de vingt-cinq élèves est le mien.
Pour toute demande d'interview ou d'éclairage sur ce sujet, les rédactions peuvent me joindre depuis la page Expert disponible.
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