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    Toussaint : pourquoi le deuil se réveille à date fixe
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    Humeur & bien-être

    Toussaint : pourquoi le deuil se réveille à date fixe

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    Chaque année, la Toussaint ravive le deuil de ceux qui ont perdu un proche. Pourquoi cela arrive, ce qui est normal, et quand en parler à un professionnel.

    Il suffit parfois de passer devant un fleuriste, fin octobre, avec ses pots de chrysanthèmes alignés sur le trottoir, pour sentir quelque chose se serrer sans trop savoir pourquoi. La Toussaint est pourtant, à l'origine, la fête de tous les saints, et c'est le lendemain, le 2 novembre, que l'Église consacre aux défunts. Mais le 1er novembre est férié, les familles se retrouvent, les cimetières se remplissent, et la fête des saints est devenue, dans les faits, celle de nos morts.

    Chaque année à cette période, je reçois au cabinet des personnes qui me disent la même chose avec des mots différents, « je pensais aller mieux, et depuis quelques jours, tout est revenu ». Elles s'en inquiètent, et parfois elles se reprochent de ne pas avoir « tourné la page ». Je voudrais leur dire, et dire à ceux qui les entourent, que ce retour n'a le plus souvent rien d'anormal.

    Une date, et le corps s'en souvient

    Le deuil ne suit pas le calendrier qu'on voudrait lui imposer, il suit celui que le corps et la mémoire ont enregistré, et ce calendrier-là a ses propres dates. Un anniversaire de décès, un Noël, ou une fête comme la Toussaint, qui remet la mort au centre de la vie collective, peuvent réveiller des émotions que l'on croyait apaisées. Les cliniciens parlent de réaction d'anniversaire. Le terme est technique, l'expérience l'est beaucoup moins, puisque quelques jours avant la date le sommeil devient plus léger, l'irritabilité monte, une tristesse revient sans raison apparente, puis la date passe, et cela retombe.

    À la Toussaint s'ajoute une raison de plus, car pendant quelques jours presque tout rappelle ceux qui ne sont plus là, les fleurs dans les rues, les allées des cimetières, les conversations de famille qui glissent d'elles-mêmes vers les absents. On peut y trouver du réconfort (c'est d'ailleurs, il me semble, la raison d'être de ces rituels), et l'on peut aussi s'y sentir exposé, surtout quand le deuil est récent ou qu'il n'a jamais trouvé de place pour se dire.

    Ce qui est habituel, et ce qui l'est moins

    Un deuil qui se réveille autour d'une date n'est pas une rechute. Il est fréquent de pleurer à nouveau, de rêver de la personne disparue, de ressentir de la colère ou même de la culpabilité, des mois et parfois des années après. Ces vagues perdent en général de leur force avec le temps.

    Les études donnent un ordre de grandeur. Une méta-analyse publiée en 2017 par Lundorff et ses collègues, qui regroupe quatorze études, estime qu'environ une personne endeuillée sur dix développe un deuil prolongé. On entend par là une souffrance intense et durable, qui empêche de reprendre le cours de sa vie. Pour neuf personnes sur dix, la douleur finit donc par trouver sa place sans tout bloquer. Pour la dixième, un accompagnement est utile, et le demander n'a rien d'une faiblesse.

    Pour faire la différence, je regarde moins la force de la vague que ce qui se passe entre deux vagues. Si la vie a repris entre deux dates, pleurer à la Toussaint n'a rien d'inquiétant. Si, des mois après la perte, la douleur reste aussi vive qu'au premier jour, si les activités ne reprennent pas ou si l'isolement s'installe, c'est autre chose. Une consultation devient alors utile, et plus encore si la vie semble avoir perdu son sens. Et si des idées de mort apparaissent, il ne faut pas attendre, le 3114 (numéro national de prévention du suicide) répond jour et nuit, gratuitement.

    Comment traverser ces quelques jours

    Il n'existe pas de bonne manière de vivre la Toussaint. Certains ont besoin d'aller au cimetière, d'autres préfèrent évoquer le défunt à la maison, d'autres encore choisissent de partir quelques jours, et aucun de ces choix n'est un manque de fidélité. Ce qui aide, c'est peut-être surtout de décider à l'avance de ce que l'on souhaite faire, plutôt que de laisser la journée décider pour soi.

    Il y a aussi quelques gestes simples que je propose souvent. Prévenir un proche que la période est difficile, pour ne pas la traverser seul. Se donner la permission d'alléger ses obligations pendant quelques jours. Et laisser une place à la personne disparue, par un geste qui a du sens pour vous, une fleur, une photo, un plat préparé comme elle l'aurait fait.

    Un mot, enfin, pour l'entourage. Face à quelqu'un qui est en deuil, on cherche souvent la phrase qui console, on ne la trouve pas, et l'on finit par dire « il faut avancer ». Le mot condoléances vient pourtant d'un verbe latin qui voulait dire « s'affliger avec quelqu'un », et non pas le consoler ou le réparer. Demander « comment tu vas en ce moment ? », puis écouter la réponse sans chercher à la corriger, fait souvent plus de bien que la plus belle des phrases.

    Un lien qui a compté

    Quand la douleur empêche durablement de vivre, ce n'est pas une affaire de volonté, et en parler à un médecin ou à un psychologue relève simplement du bon sens. Pour le reste, on dit volontiers « faire son deuil », comme s'il s'agissait d'un travail avec une date de fin, un dossier que l'on pourrait refermer. Le deuil, pourtant, ne se fait pas tout à fait, il change de place. Et une date qui fait mal dit peut-être surtout qu'un lien a compté.

    Source du chiffre cité. Lundorff M., Holmgren H., Zachariae R., Farver-Vestergaard I., O'Connor M., « Prevalence of prolonged grief disorder in adult bereavement. A systematic review and meta-analysis », Journal of Affective Disorders, 2017, 212, p. 138 à 149 (prévalence poolée de 9,8 %). Résumé sur PubMed.

    Pour toute demande d'interview ou d'éclairage sur ce sujet, les rédactions peuvent me joindre depuis la page Expert disponible.

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    Mathieu Auriol, psychologue clinicien à Nice

    Mathieu Auriol

    Psychologue clinicien et psychothérapeute à Nice

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    Mathieu Auriol - Psychologue

    Mathieu Auriol

    Psychologue - Psychothérapeute

    Psychologue clinicien à Nice, spécialisé dans l'accompagnement des adultes, adolescents et couples.