Apprendre à vivre et surmonter un deuil

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Apprendre à vivre et surmonter un deuil

La peur de la mort n’a jamais été aussi présente qu’aujourd’hui et les deuils nombreux. La pandémie de Covid-19 déclenche de grandes angoisses liées à la maladie, au risque de décès et au deuil. Nombreux sont ceux qui l’ont déjà expérimenté en 2020 avec la perte d’un proche, malade du coronavirus. Dans cet article je vous propose mon analyse des différentes étapes du deuil et mes conseils pour le surmonter en tant que psychologue.  


Qu’est ce que le deuil ?

Il est important de comprendre que le deuil a plusieurs significations. Il ne renvoie pas uniquement à la mort physique d’une personne, il peut être également symbolique. Un parent, un ami, un homme ou une femme qu’on aime peuvent mourir et l’on vit alors un deuil au sens classique du terme, un deuil physique. Toutefois, on peut également perdre quelqu’un suite à une rupture, et le deuil n’est plus physique mais symbolique. On peut aussi vivre le deuil de la confiance que l’on a pour quelqu’un, faire le deuil d’un projet et même vivre la mort d’un idéal parental. Le deuil n’est donc pas uniquement la perte physique d’une personne, ce peut être la perte symbolique d’un objet, d’une relation ou d’un sens.

Il arrive que le réel et le symbolique se retrouvent. Lorsqu’une personne en fin de vie souffre de troubles cognitifs (perte de la mémoire par exemple), il arrive alors parfois que sa famille se retrouve dans un processus de deuil avant même son décès. La personne malade est devenue méconnaissable et elle-même perd ses capacités. Dans le cadre de mon activité, il m’arrive d’entendre des proches de malades confier : “si vous l’aviez connu auparavant”, “je ne le reconnais plus, il ne sait même pas qui je suis.” Le deuil commence à ce moment précis. Pour les proches cela peut-être le début d’un état dépressif, d’un changement de vie ou de remises en questions existentielles.

Le deuil est essentiel à la vie

Le deuil a une fonction cathartique : il aide à se purger de la douleur. Lorsqu’il est pleinement vécu et non pas refoulé, il permet de surmonter la perte d’un être cher. Le deuil se décline sous différentes formes dans les sociétés et les cultures. Dès la préhistoire, les hommes ont organisé des cérémonies en couvrant le défunt d’ornements et d’offrandes. En Europe, les rites funéraires se sont exprimés à travers le veuvage et l’habit noir, l’ornement des tombes, les éloges funèbres. Partout dans le monde, chaque culture a pu ritualiser ce passage de la vie à la mort à travers des rites et coutumes diverses. Ces rituels ont permis aux Hommes d’accepter la mort. Le deuil permet de ne pas oublier le défunt et au contraire de le célébrer à travers ses valeurs et son parcours de vie.  

Le deuil est donc un processus nécessaire. Faire son deuil, c’est accepter de vivre avec une perte, c’est se délivrer de la peine que l’on éprouve. Ce n’est qu’après cette épreuve que la personne va devenir résiliente et “survivre” à cette douleur.

Le deuil peut également être un moment propice à la réflexion, nous amenant à évoluer dans le bon sens. En effet, ce sentiment de tristesse éprouvée à la suite de la mort d’un proche nous amène à nous poser des questions existentielles laissées de côté tout au long de notre vie.

Les étapes du deuil 

Le déni 

  • La personne qui vient de vivre la mort d’un être ne parvient pas à accepter cette réalité. L’onde de choc provoquée par la désagréable nouvelle de perdre quelqu’un ne peut être directement acceptée.
  • Le mécanisme de défense du déni permet alors de protéger le psychisme de la personne lorsque la réalité extérieure est trop violente.
  • Le déni causé par la mort de quelqu’un dure généralement peu de temps.

La colère 

  • Après le déni vient la colère. Celui ou celle qui perd un proche peut en vouloir au monde entier, à certaines personnes ou à elle-même, de perdre un être aimé. Cela peut engendrer une forte culpabilité et des troubles (changement de comportement et d’humeur). L’exemple type est “Si j’avais été là, ça ne se serait pas produit”, malheureusement, on ne maitrise pas tout.
  • La phase de colère amène la personne à se questionner, souvent pour chercher du sens sur cette perte douloureuse face à un sentiment d’injustice.

La dépression 

  • Lors d’une phase de deuil, il est possible de ressentir les mêmes signes cliniques qu’un état dépressif : des troubles psychiques, des idées noires, une baisse générale de l’humeur, des ruminations de pensées (souvent en lien avec le défunt), des troubles de la concentration, etc.
  • En plus des troubles psychiques, des troubles psychosomatiques peuvent se manifester : perte de tonus musculaire, troubles du sommeil (difficulté d’endormissement, cauchemars), troubles de l’appétit, troubles de la sexualité (perte de libido).
  • Pendant le deuil, il peut-être apparaître difficile de maintenir ses relations amicales, amoureuses et professionnelles. La personne endeuillée étant fragilisée narcissiquement, elle peut demander beaucoup d’attention, d’affection ou à l’inverse avoir besoin de s’isoler.
  • Plus la personne a du mal à accepter la perte, plus la dépression peut durer dans le temps. Chaque personne étant différente, il est primordial que chacun puisse aller à son rythme. Brusquer un processus de deuil risque de ne pas permettre à la personne de justement faire son deuil.

L’acceptation 

  • Petit à petit on commence à accepter la mort et à vivre avec. On apprend à se restructurer malgré le vide laissé par la disparition de l’être aimé. On tente alors de reprendre le court de notre vie avec de possibles rechutes.
  • Le fait d’accepter la mort du défunt peut dans certains cas être vécu comme une libération. En effet, lorsque la personne souffre, comme dans des cas de maladies graves par exemple, son décès peut devenir une délivrance chez ses proches. Bien qu’ils souffrent de sa disparition, ils sont soulagés de savoir que l’être aimé ne souffre plus.

Le processus de deuil est différent pour chacun. Il ne faut pas l’envisager comme une courbe constante dans sa croissance. On peut passer plus de temps dans le déni et moins de temps dans la dépression par exemple. Il arrive aussi de subir des rechutes alors qu’on pensait parvenir à se reconstruire. Il y a autant de manières de vivre un deuil que d’individus. Dès lors, il convient de respecter le deuil de chacun avec bienveillance et empathie.


Mes conseils pour traverser le deuil

Débloquer ses propres résistances

La première chose à faire dans le deuil est de le vivre pleinement. Cela peut paraitre paradoxal mais pour limiter la douleur dans la durée, il faut savoir s’écouter et prendre le temps de comprendre ce que l’on vit.

Plus on essaye de se dire que le deuil est fait, terminé, plus cela peut renforcer le déni ou le refoulement de ce dernier. Il ne faut pas vouloir aller trop vite et apprendre à déverrouiller ses propres résistances.

Il peut être judicieux de faire appel à un psychologue pour vous aider surmonter votre deuil. Vous n’êtes pas seuls face à cette épreuve.

Comprendre la mort pour mieux la vivre

Le deuil nous renvoie à nos propres questions existentielles. « Quelles sont les choses que j’ai toujours voulu faire dans ma vie ? Qu’est-ce que j’ai toujours voulu dire à telle personne sans jamais oser ? Je me suis toujours dit que je voudrais faire ceci dans ma vie, pourquoi est-ce que je ne le fais pas ? »

La confrontation à la mort d’un proche nous renvoie à la notre et nous pousse à nous interroger sur notre vie et notre finitude. Cette démarche peut être très angoissante et anxiogène mais elle est aussi libératrice. C’est pour cela que l’expérience du deuil est experienciel. C’est une expérience unique et subjective qui nous renvoie à des questionnements existentiels par rapport à notre propre vie, et surtout à notre propre finitude.

Demander de l’aide

A ses proches

L’entourage se doit d’être soutenant et bienveillant pour aider la personne qui vit son deuil, malheureusement il ne peut pas toujours l’être parfaitement. Il n’y aucune honte à demander de l’aide à l’autre. Savoir aller vers les autres pour demander de l’aide, de l’attention, de l’affection ou de l’écoute n’est pas un signe de faiblesse, au contraire, c’est une force. Cela montre que l’on est conscient de nos difficultés et que l’on ne se trouve pas dans le déni de notre douleur. C’est la première étape pour aller mieux.

Le fait de partager ses sentiments, ses pensées, ses émotions avec ses proches aide à traverser le deuil plus facilement. Le fait de partager notre expérience, bien que douloureuse, avec d’autres nous permet d’avoir une vision différente, extérieure, de la situation que nous traversons.

En parler à un psychologue

Bien évidemment, il est parfois difficile de pouvoir parler de tout avec ses proches, en particulier si ces derniers sont eux-mêmes touchés par le deuil vécu. Dès lors, il peut être pertinent d’aller voir un professionnel pour être accompagné dans ce processus de deuil.

Le fait d’entamer un travail thérapeutique avec un psychologue permet de prendre du recul sur ce que l’on vit et de commencer un travail d’auto-distanciation. Un psychologue vous aidera également à trouver les clés pour traverser le deuil au travers d’une psychothérapie. N’hésitez pas à vous renseigner et à appeler.

Prenez soin de vous.


Pour allez plus loin

  • Sigmund Freud, Deuil et mélancolie, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2011 (ISBN 9782228906128). D’autres traductions sont également disponibles dans Métapsychologie (Folio) et dans le tome XIII des Œuvres complètes (PUF).  
  • Kübler-Ross, E. (2011). Sur le chagrin et sur le deuil (Evol – spiritualité/philosophie) (French Edition) (POCKET éd.).
  • https://mieux-traverser-le-deuil.fr/le-deuil/
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